L’année 2019 a été chargé pour le rap US. Elle fut notamment marquée par deux tendances, les retours plus ou moins réussis d’anciens comme Schoolboy Q, YG, ou Rick Ross et la confirmation d’artiste de la nouvelle génération. Cette dernière a d’ailleurs su de manière plutôt impressionnante s’installer au sommet d’un nouveau genre hybride combinant rap, rock et pop. Un nouveau statut symbolisé parfaitement par le succès du dernier album à la croisée des genres de Post Malone Hollywood’s Bleeding.

Mais cette année fut également l’année de la révélation pour de nombreux artistes le premimer nous venant spontanément à l’esprit est DaBaby, tant celui-ci a crevé l’écran durant cette année. Le rappeur de Caroline du Nord a su en seulement deux albums à la fois haut en couleur et particulièrement efficace s’imposer comme une nouvelle tête d’affiche. Une succès qu’il doit doit notamment à une formule imparable mixantc un style brut et street avec une attitude cartoonesque. Un personnage au grand sourire narquois rempli de second degré doublé d’un vrai passif de gangster qui a su séduire le public, installant le rappeur dans les plus hautes sphères du rap américain.

Mais si DaBaby est assurément la révélation de l’année, d’autres artistes ont tout de même su tirer leur épingle du jeu en sortant de très bons projets. C’est notamment le cas de la découpeuse Megan Thee Stallion, le très doué YBN Cordae ou encore le duo Polo G-Lil Tjay, représentant à merveille une génération de jeunes morts de faims. 

Mais trêves de bavardages, ne nous attardons pas plus longtemps sur les albums cités précédemment, même si bien sur je ne peux que vous invitez vous y intéresser. Aujourd’hui, nous allons plutôt vous proposer une sélection d’album peu connus  sortis dans le courant de cette année 2019. Je précise que celle-ci n’est basée sur aucun autre critère que mes goûts personnels, les différents projets n’ayant aucun lien entre eux et étant tous extrêmement différents les uns des autres. Sur ce, bonne lecture !

Fat Nick et Shakewell – Roomates

Dans les différents artistes étant apparus ces dernières années, Lil Peep restera sûrement comme un des plus influents et cela notamment grâce à Come Over When You’re Sober, Pt. 1. Un album ayant marqué les esprits et qui s’est immédiatement installé comme un des fondements du mouvement emo rap. L’artiste n’aura malheureusement pas eu le temps d’étendre son influence en continuant son oeuvre, stoppé par une overdose de Xanax. Une mort tragique en forme de gâchis tant Lil Peep avait un talent unique, notamment dans sa façon de trouver le bon équilibre entre ces inspirations rock et trap, proposant une musique innovante à la croisée des genres.

Mais quittons cette ambiance quelque peu morose pour se diriger vers deux rappeurs de son entourage : Shakewell et Fat Nick. Tous deux sont membres du Buffet Boys, collectif de Miami dont sont également membre le rappeur Pouya et le producteur Mikey The Magician. Les deux rappeurs forment ensemble un duo pour le moins excentrique. D’un côté, nous avons Fat Nick, faisant fièrement honneur à son nom et présentant la panoplie entière du souncloud rappeur et de l’autre Shakewell, ancien membre d’un groupe de métal qui en a clairement gardé le look. Un duo qui à première vue, il faut bien l’avouer, n’est pas le plus évident et qui pourtant se retrouve sur Roomates après avoir déjà sorti plusieur projets en solo.

Fat Nick compte à son actif six projets dont les deux derniers restent ses plus aboutis, offrant une très bonne porte d’entrée dans l’univers excentrique et codéiné de l’artiste. On peut y retrouver des collaborations avec le duo $UICIDEBOY$, OhGeesy, rappeur membre de la Shoreline Mafia mais surtout avec Lil peep à qui nous rendions hommage en introduction. Shakewell cumule quant à lui trois projets raps et trois autres projets avec son ancien groupe de métal et a comme Fat Nick collaboré avec les $UICIDEBOY$. Son dernier projet Big Juice Tha Sip sorti en 2018 résume très bien son univers sombre et torturé où les moments de déprimes et de violence croise les envolées artificielles dû à la prise de drogue.

Mais revenons à Roomates et le moins que l’on puisse dire, c’est que le duo n’a pas fait dans la dentelle. Avec ces cinqs titres bourrins à souhait, Fat Nick et Shakewell nous offre 12 minutes de trap bête et méchante faisant la part belle aux 808 saturées et aux mélodies sombre et entêtantes entièrement produite par FLEXATELLI. Un beatmaker avec qui Fat Nick a déjà régulièrement collaboré, notamment sur son projet commun avec Pouya Drop Out Of School. A cette ambiance musicale bruyante et sans concession se mêlent le flow brutal et nerveux pour Shakewell, lent et haché pour Fat Nick. Le tout se marie parfaitement, formant un ensemble sans queue ni tête avec comme seul fil rouge la consommation excessive de drogue.

Bien sûr, ce n’est pas sur un tel album que vous trouverez des paroles vous laissant dans une grande réflexion intérieur sur le sens de la vie, mais ce n’est pas ce qu’on lui demande. Avec ce projet, le duo nous livre de la trap brutales aux sonorités distordues et industrielles diablement efficace. Un EP idéal pour se vider le cerveau le temps de quelques minutes et on ne lui demandera ni plus, ni moins.

Lil wop – Psych

Si une tendance a marqué la décennie qui vient de s’écouler, c’est bien la trap. Une musique qui, malgré son caractère très régional, ancré dans la culture du sud, a su conquérir le monde entier. Un style qui a également su évoluer, passant d’une musique basé essentiellement sur l’énergie représentée par l’album Flockaveli à une trap plus funèbre à l’esthétique baroque portée notamment par Metro Boomin. Un travail esthétique de ce dernier symbolisé par sa collaboration avec 21 Savage, faisant passer l’artiste d’Atlanta de simple trappeur à un personnage de film d’horreur nous susurrant ses histoires de meurtres avec une voix calme à glacer le sang.

Cette ambiance si particulière a forcément influencé de nombreux artistes qui ont tenté de reprendre ce style avec plus ou moins de réussite. On a donc pu voir de nombreux rappeurs s’essayer à cet exercice et cela notamment dans le rap soundcloud, trouvant dans cette trap lugubre un complément parfait à leurs personnalités sulfureuses et borderlines. C’est justement un de ces héritiers qui va nous intéresser avec Lil Wop et son projet Psych.

En lisant l’introduction plus haut, vous avez peut-être pu vous demander en quoi consistait l’intérêt de cet album, tant l’on a vu de projets de ce genre défiler ces dernières années. Et pourtant, Lil Wop arrive à se détacher de la masse de projet et cela notamment grâce à un élément : sa voix. Le rappeur possède en effet une voix bien particulière relevant plus du mort vivant que de l’humain. Pour compléter cette interprétation venu d’un autre monde, Lil Wop couple cette voix gutturale avec un flow traînant et de longs cris sinistres en guise d’ad-libs.

Cette interprétation si particulière permet à l’artiste signé sur le label de Gucci Mane de coller parfaitement à l’ambiance de ces morceaux. Une ambiance qui va globalement reprendre l’esthétique baroque cité précédemment avec des mélodies minimaliste et inquiétantes semblant sortir tout droit du Halloween de John Carpenter. Enfin, pour couronner le tout, à cette ambiance est apporté les tempos lents et les basses saturées du rap soundcloud, renforçant cette ambiance angoissante. Avec ces éléments réunis, l’EP nous plonge dans une ambiance à glacer le sang particulièrement réussie. Vingts minutes de bande originale de film d’horreur où l’artiste nous conte ces histoires de défonces et de rues de sa voix d’outre tombe.

Ce projet ne plaira sûrement pas à tout le monde et cela se comprend facilement par le fait qu’il n’est pas consommable par n’importe qui et surtout pas n’importe quand, tant celui-ci est rattaché à une certaine ambiance. Mais il est est la preuve que les projets concepts comme celui-ci peuvent être redoutablement efficace et qu’ils peuvent, si la démarche est tenu tout du long, nous faire vivre une véritable expérience sonore à la croisée des genres, entre musique et film, entre rap et cinéma. 

Phora – Bury me with dead roses

Après deux albums plus intéressant pour leurs formes que pour leurs fonds, changeons maintenant radicalement d’ambiance avec le troisième projet de cette liste. Un projet qui s’inscrit dans un vague de rappeurs traitant de sujet personnel tel que leurs relations, l’anxiété et la dépression. Une vague d’artiste notamment venu de la génération soundcloud qui s’est vu influencer par trois différentes mouvement : l’emo rap, le mouvement lofi et le rap fusionnant avec le RNB actuel. La particularité des ces trois mouvances est qu’elles ont toutes des influences d’autres styles musicaux. Que ce soit l’emo rap, inspiré par le rock, le mouvement lofi inspiré par le rap des années 90 ou le rap inspirée du RNB, chacun demande de mixer un genre avec le rap actuel. Une tâche loin d’être aisé pour des rappeurs souvent jeunes, spécialement lorsqu’il faut inclure toutes ces influences dans un album.

Le premier est celui de la cohérence qui est posé lorsque l’artiste passe d’un style à l’autre au fil des morceau, faisant le fait d’installer un fil rouge presque mission. Le deuxième problème est amené par les artistes ayant la démarche inverse en mélangeant tous ces différents styles pour en faire une sorte de formule hybride applicable en un morceau, le hic cette fois-ci est que nombre d’artiste arrive à trouver un bon mix dans un morceau, mais ont ensuite tendance à reproduire cette recette sur de nombreux recette, rendant leurs albums répétitifs et quelque peu indigeste. Ainsi, de nombreux jeunes artistes voulant mixer les genres se cassent régulièrement les dents sur ce format album si dur à tenir lorsque l’on mixe les genres. 

Mais Bury Me With Dead Roses est un des rares à avoir réussi à contourner ces deux biais. et cela notamment grâce à deux qualités. La première est que l’artiste a su trouver une bonne alternance entre morceaux tirant plus sur un style et morceaux synthèse. La deuxième, et sûrement la plus importante, est que l’album est très bien construit, une qualité de plus en plus rare de nos jours. En effet, L’album commence tout d’abord avec des morceaux synthèses aux tons plus lumineux pour ensuite enchaîner sur trois morceaux entièrement chantés. Une transition à partir du morceau “Te Necessito” qui illustre d’ailleurs parfaitement ce changement d’ambiance avec son style résolument reggaeton. Enfin, l’album se clôt avec une dernière partie marquée par une interprétation bien plus rap et des sujets abordés plus intimistes, marqué par une voix effleurant la rupture et utilisant des flows proches du récitatif, renforçant l’atmosphère à fleur de peau qui caractérise cette fin d’album.

Ainsi, grâce à cette construction intelligente, Phora évite les pièges tendus par la mixités des genres et nous livre un album abouti, varié musicalement avec comme fil rouge ces différentes expériences amoureuses et ces pensées torturées. Une véritable réussite que l’on espère voir se rééditer dans son prochain album. Celui-ci devrait d’ailleurs arriver prochainement, l’artiste ayant annoncé qu’il travaillait d’ors et déjà sur With Love 2, son prochain opus et suite de With Love qu’il avait sorti en 2016. 

Pop Smoke – Meet The Woo

Le quatrième album de cette liste nous vient cette fois de New-York. Ville d’origine de la culture hip-hop, la ville à la pomme a depuis perdu de sa splendeur. Une perte d’influence qui s’est notamment faîte au profit d’Atlanta, devenu maintenant la nouvelle capitale du rap. La scène new-yorkaise n’est pas morte pour autant, certains artistes de New-York ont même eu de très grands succès, les deux exemples les plus récents sont bien sûr les excentriques Cardi B et 6ix9Ine, la première de la meilleure et le deuxième de la pire des manières. Mais force est de constater que, malgré ses succès, cela fait bien longtemps que New York n’a plus présenté une nouvelle identité sonore et visuelle marquée.

Mais pourtant, malgré le peu d’activité en surface, une scène underground commence tout de même à se développer dans la ville de Nas et Jay Z. Une scène qui a su emprunter à la drill de Chicago et de la scène UK pour se reconstruire cette ambiance sombre et crade typiquement new-yorkaise. L’artiste dont nous allons parler est justement un de ceux qui incarne cette nouvelle génération new-yorkaise. Un artiste qui a su avec son premier projet Meet The Woo se placer comme un futur grand, suscitant de nombreux espoirs à New York. Je veux bien sûr parler de Pop Smoke.

Ainsi, dès les premières minutes du projet, on se sent directement plongé dans ce climat d’urgence nerveux et viscérale propre à la drill. Une ambiance qui est mêlée à cette ambiance sale et sombre propre à New-York. Une ambiance qui est l’oeuvre de 808Melo, producteur originaire de Londres ayant produit la quasi-totalité des titres du projet. Une touche anglaise se faisant grandement sentir, notamment dans des rythmiques reprenant les codes de la drill UK comme les hi-hats sautillants aux rythmes ternaires et les 808 rondes glidant sans cesse. Enfin, pour compléter ces drums à l’accent anglais, le producteur a su s’appuyer sur des boucles répétitives efficaces retransmettant parfaitement l’ambiance sale et crapuleuse si particulière lié à New York.

Mais si tous cet habillage musicale marche si bien, c’est aussi parce qu’il est sublimé par la voix grave et imposante de l’artiste qui, pour un premier projet, possède déjà une maîtrise impressionnante de celle-ci. Une présence au micros que Pop Smoke utilise pour raconter son style de vie, un style de vie crapuleux mêlant filles faciles, trafique de drogue et guerre de gang dans la pure tradition du rap de rue New-Yorkais, apportant la touche finale à cet ensemble sombre et crasseux.

Meet The Woo est un premier projet efficace où Pop Smoke nous donne un bon exemple de cette nouvelle génération New-Yorkaise. À seulement 20 ans, l’artiste semble déjà avoir son style porté par une grosse présence derrière le micro et une étiquette gangster assumée. On attend donc avec impatience la partie 2 de Meet The Woo qui ne devrait pas tarder selon les dires de l’artiste. Un projet qui devrait d’ailleurs sûrement le faire sortir de l’underground tant la drill UK est sur toute les lèvres ces derniers temps, semblant s’inscrire comme la future grande tendance. La voie semble donc toute tracée pour l’artiste, à lui d’en profiter et de confirmer les attentes placées en lui.

Aco Baby Sean – Mixed emotions

Dernier projet de cette liste, Mixed emotions de Aco Baby Sean est sûrement le moins connu de cette liste. En effet, Aco Baby Sean n’est encore que très peu connu ,n’ayant encore sorti qu’un premier opus Bitch I’m Baby Sean. Mixed Emotions est donc le deuxième projet de l’artiste, un deuxième projet varié où l‘artiste nous montre l’étendue de sa large palette artistique. Une grande diversité logique pour un artiste s’inscrivant dans la lignée d’une nouvelle génération de rappeur street hyper polyvalent. Une vague d’artiste s’influençant notamment Young Boy Never Broke Again, rappeur très influent malgré son très jeune âge. Une nouvelle génération qui également la particularité d’être déraciné, loin des traditionnels ancrages géographiques du rap américain. Un déracinement représenté par Polo G et Lil Tjay, têtes d’affiches de cette mouvement venant respectivement de Chicago et de New York. Une origine géographique flou qui ne les a pourtant pas empêché de tutoyer les sommets en s’introduisant dans le top 100 du Billboard avec leur hit Pop Out.  

Mais revenons à Aco Baby Sean et le moins que l’on puisse dire, c’est que celui-ci est doué et cela dans plusieurs registres. Tout le long du projet, l’artiste va nous proposer toutes sortes d’ambiances, passant de ballades mélancoliques autotunées à des chansons introspectives plus rappées en passant par des bangers efficaces. Et que ce soit sur le très efficace “Had Enough” ou encore sur le plus émotionnel “Different”, Aco Baby Sean semble à l’aise, passant aisément d’un registre à l’autre. Mais cette polyvalence ne se ressent pas qu’au niveau musical.

En effet, le rappeur est également très divers dans ses thèmes, abordant à la fois ces histoires de rue que des sujet plus introspectifs, notamment sur son rapport avec les femmes, le tout regroupé dans des egotrips inspirés. Avec cette façon d’aborder les sujets, Aco Baby Sean évite les deux principaux écueils textuels des jeunes rappeurs que sont la sur-utilisation de chanson à thème ou d’egotrip sans véritable fond. La grande polyvalence d’Aco Baby Sean a toutefois son revers, car si musique ne manque pas de qualité, elle manque peut-être quelque peu de personnalité. Un petit quelque chose de singulier qui manque encore à l’artiste et qui, lorsqu’il l’aura trouvé, lui permettra sûrement de mieux faire ressortir sa musique. 

Mais bien sûr, si l’on ne doit pas occulter ce défaut, il ne faut pas oublier que l’artiste est encore et qu’il a encore le temps de se construire cette identité. Mixed Emotions est donc une mixtape en forme de carte de visite qui, s’il manque encore d’originalité, laisse entrevoir un réel potentiel qu’il nous tarde de voir à l’oeuvre dans les futurs albums d’Aco Baby Sean. 

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